Image d'un homme assis devant un mur blanc, portant un chapeau et un costume sombre, accompagné d'un texte à propos du manifeste d'Almería.

Nous sommes en août 1975. Franco est encore au pouvoir, mais le régime agonise. C’est dans ce climat de fin de cycle, entre l’espoir et la peur, que se tient à Almería la première rencontre nationale de cinéma indépendant. On va y inventer un concept : le « cinéma alternatif ».

La censure, elle, n’agonise pas encore. Plusieurs films sont interdits de projection — dont Anticrónica de un Pueblo, que j’avais tourné à Topares, ce hameau où j’étais instituteur. D’autres cinéastes, connaissant déjà les critères de l’époque, préfèrent ne même pas soumettre leurs films.

À la clôture, les participants lisent un texte resté depuis comme référence : le Manifeste d’Almería. Je fais partie des signataires.

Il pose, en six points, ce que devrait être un cinéma « alternatif » : une rupture claire avec l’idéologie dominante et ses structures de production ; un changement dans les modes de diffusion (passer par les ciné-clubs, les associations de quartier, plutôt que par les circuits établis) ; une fonction sociale, à l’opposé du cinéma-industrie ; et, en conclusion, une exigence simple et directe — l’abolition de la censure, à tous les niveaux.

Trois mois plus tard, Franco meurt. Le pays entre dans une transition dont personne ne connaissait encore le nom ni la durée. Cinquante ans après, le vocabulaire a changé — on ne parle plus de censure d’État, mais d’algorithmes, de plateformes, des excès et des dangers de l’IA.

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